Politique

La Saône-et-Loire fait le pari de l'Open data

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Finances publiques, dépenses, travaux, marchés publics ou encore transports scolaires… Les habitants de Saône-et-Loire ont desormais accès à une cascade d’informations sur leur département en quelques clics.
 
Le Conseil général du département, présidé par Arnaud Montebourg, doit en effet lancer ce jour Open Data 71, un site entièrement dédié à la libération de ses données, bâti sur des briques open source et hébergé dans le nuage. Si la démarche d’ouvrir ses données au public n’est pas nouvelle, le projet Open Data 71 est plutôt ambitieux. On fait le point.
 
« Open Data est digne de Wikileaks ». Devant la dizaine de journaliste qu’il a convié mardi matin pour présenter le projet Open Data 71, Arnaud Montebourg n’a pas peur des formules chocs. Ce parallèle (osé) est une manière pour l’élu, président du conseil général de Saône-et-Loire et candidat à la primaire socialiste, d’afficher la volonté de transparence et d’exhaustivité de ce projet, lancé ce vendredi midi.
 
> « Faire la pédagogie des données »
 
Dès aujourd’hui, Open Data 71 doit mettre à disposition du public pas moins de 100 giga de données publiques, soit 100.000 fichiers d’images (photos, plans cadastraux, cartes postales, …) et des dizaines de jeux de données sur l’ensemble des compétences du département, traitant aussi bien des finances publiques (depuis 2002) que des transports scolaires ou encore du tourisme.
 
(Capture d'écran par RSLN)
 
De nouvelles données devraient suivre, le conseil général disposant de près de deux téra de données grâce à ses archives qui remontent jusqu’à la Révolution. De quoi satisfaire la curiosité des quelque 550.000 habitants du département.
 
« Open Data 71 est à la fois un site internet, un entrepôt de données et une boîte à outils », résume Pierre-Paul Pénillard, chef du projet au conseil général.
 
Si la démarche n’est pas nouvelle –les villes de Paris, Rennes,  Montpellier et la Communauté Urbaine de Bordeaux ont également lancé un service d’open data- le projet du conseil général de Saône-et-Loire mise sur l’exhaustivité et l’ergonomie.
 
« C’est la première fois qu’un département libère des données de manière aussi large, assure Bruno Walther, fondateur de la société Captain Dash qui a conçu le système de data-visualisation d’Open Data 71. Mais libérer les données, c’est aussi faire la pédagogie des données. Or, l’open data se résume souvent à un simple accès à des tableaux excel difficiles à lire. C’est là la grande nouveauté d’Open Data 71 : faciliter l’accès aux données en permettant une approche plus claire. »
 
Concrètement, le site propose un accès gratuit aux données, présentées sous la forme de cartes ou de graphiques. Une façon plus simple de faire parler les données et de les rendre intelligibles par tous. Deux interfaces sont prévues : une « citoyenne » qui permet de consulter les données et une « professionnelle » qui permet de les extraire.
 
(Capture d'écran par RSLN) 
 
Plusieurs applications ont été développées et sont déjà accessibles à partir d’une « télécommande » dès la page d’accueil. Les données étant proposées sous licence APIE V2, tout développeur a la possibilité de créer de nouvelles applications même dans un but commercial. Pour inciter les développeurs à se saisir d'Open Data 71, le département lance samedi un coucours, doté de 20.000 euros de prix, qui récompensera les meilleures innovations sur les nouveaux supports numériques (web, mobiles...).
 
Mais Open Data 71 se veut plus large qu’un simple outil politique et fait également office de vitrine pour le département. Ainsi de nombreuses applications sur « l’attractivité du territoire » (comme des « balades vertes » ou des « hébergements touristiques ») ont été développées pour promouvoir un département mal connu.
 
« Notre démarche a aussi pour but de faire parler de nous, de montrer que nous sommes un département connecté avec son temps », reconnaît Pierre Martinerie, vice-président du conseil général, chargé du développement durable, de la démocratie participative et du projet stratégique pour la Saône-et-Loire.
 
> Effet domino ?
 
Surtout, le département s’engage à mettre en ligne toutes les données (excepté les données nominatives ou personnelles bien entendu), mêmes celles susceptibles de fâcher.
 
« Nous ne nous contentons pas de la transparence, nous nous engageons aussi sur des données qui peuvent potentiellement nous mettre en difficulté. Open Data 71 n’est pas une coquetterie de modernité mais une volonté d’associer la population à des décisions politiques nécessaires, même si elles sont impopulaires », souligne encore Arnaud Montebourg.
 
Un espace forum devrait ainsi venir doper une version 2 du site, prévue pour le mois de décembre.
 
« Toutes les données publiques seront mises à disposition, y compris celles concernant les frais de fonctionnements des élus, les fournisseurs du conseil général (marchés publics), les subventions octroyées ou encore la gestion de la dette », assure Pierre Martinerie.
 
(Capture d'écran par RSLN) 
 
Avec le pari que ce modèle sera un gage pour la démocratie et une source d’inspiration pour d’autres départements. Tout à son projet, qui s’inspire davantage de ce que propose Barack Obama qu’Etalab (le portail open data du gouvernement), Arnaud Montebourg espère bien un effet domino.
 
« Il n’y a pas un seul élu qui pourra revenir dessus. Nous allons créer une nouvelle culture qui permettra d’en finir avec le clientélisme ».
 
Le projet est ambitieux mais se heurte toutefois à quelques freins. Ainsi les informations libérées sont celles détenues par le conseil général, qui ne disposent pas, par exemple, de celles détenues par les communes. Plusieurs données liées à la criminologie ou à l’action sociale par exemple échappent ainsi à Open Data 71.
 
Mais le principal ennemi de l’Open data est sa non-adoption par les principaux concernés. Pensé pour être un outil utile et transparent, quelle avancée démocratique peut-il promettre si les administrés ne s’en saisissent pas ? Le succès d’Open data 71 se mesurera donc à l’accueil que lui réserveront les habitants de Saône-et-Loire.
 
(Visuel: Capture d'écran par RSLN)
 
> Pour aller plus loin:
Sandrine Cochard le 29/09/2011
sandrine
Sandrine Cochard le 29/09/2011

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