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Société

Lift11 : C'est quoi, une université pour entrepreneurs (et autres choses entendues à Marseille)

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(photo : Lift conference, flickr, licence C, lucamascaro)

RSLN est présent à Lift France 11, qui se tient du 6 au 8 juillet au Palais du Pharo à Marseille.

Après la présentation de projets innovants pour basculer « de l’intellect à l’affect », retour sur trois présentations apparemment déconnectées mais qui traitent en fait toutes de l’innovation, dans l’éducation, les organisations et le journalisme.

> Team Academy : une université pour entrepreneurs

Une formation sans professeurs, sans leçons, sans examens, sans notes mais avec de vrais résultats. Impossible ? Et pourtant…

Villa Keränen, un jeune Finlandais, est venu présenter cette étrange formation, la « Team Academy ». C’est en fait le Centre d’excellence en entreprenariat de l’Université des Sciences Appliquées de Jyväskylä en Finlande. Les étudiants y mènent leurs propres business collaboratifs et embarquent une fois diplômés pour un voyage autour du monde avec l’argent qu’ils ont récolté pendant leurs études.

Et le fonctionnement de ce programme est plutôt innovant :

  • « Pas de simulations, uniquement de vrais projets » : plutôt que de travailler sur des projets imaginaires peu motivants, les étudiants créent de vraies sociétés qu’ils doivent ensuite développer.
  • « Pas de leçons mais du dialogue », sur ce qui se passe dans les projets montés, sur les challenges, les erreurs…
  • « Pas de professeurs mais des coaches d’équipe » qui apportent leurs expériences
  • « Pas d’examen » : « Personne à part les membres de ton projet ou toi-même ne peut dire si tu as assez travaillé ou si tu appris quelque chose », explique Villa Keränën.

Un programme à l’opposé de ce que l’on voit traditionnellement, même dans les formations spécialisées dans l’entreprenariat :

« La philosophie de Team Academy repose sur trois piliers : les étudiants apprennent uniquement ce qu’ils veulent apprendre, l’apprentissage est situationnel et contextuel mais social et l’intérieur d’une communauté » explique-t-il.

Le concept s’est depuis répandu en Europe, et on retrouve des académies de ce type aux Pays-Bas, en Espagne, en Hongrie et même en France, à Angers notamment.

> Décideurs publics, vous pouvez rendre un pays innovant

Geoff Mulgan, président du Nesta, le National Endowment for Science, Technology and the Arts, un organisme indépendant, a une mission assez originale : « Rendre le Royaume-Uni plus innovant ». Au coeur de son action et de sa pensée : l’ouverture, notamment vers l’intelligence collective.

Mais sous certaines conditions.

Il explique que dans les années 50 – 60, deux prédictions majeures s’opposaient :

  • La première annonçait que les réseaux allaient mener vers Big Brother, au niveau étatique mais également dans les entreprises,
  • L’autre au contraire prédisait une libération de la société et des individus grâce au réseau.

Sauf qu’aucune prédiction n’a vraiment pris le dessus et que, à l’inverse, on a vu émerger une société qui « repose sur un équilibre entre l’ouverture et la fermeture » explique-t-il.

Mais comment assurer cet équilibre ?

Geoff Mulgan s’appuie sur de nombreux exemples, majoritairement anglais : Who Owns My Neighbourhood? propose ainsi de savoir à qui appartiennent précisément les terrains anglais, en s’appuyant sur des données publiques – et donc ouvertes - mais également sur des données privées fournies par les utilisateurs – et donc fermées.

Autre exemple avec Maslaha, un site participatif créé pour répondre à une demande croissante de jeunes adolescents britanniques musulmans qui se posaient des questions sur la compatibilité entre leur religion et leur vie au Royaume-Uni : l’espace communautaire et social leur permet d’échanger et de recevoir des réponses simples et précises de la part de leurs paris mais également de la part d’experts de l’éducation, de la santé ou de religieux :

« Vous pouvez par exemple demander ce qu’il faut faire pendant le Ramadan si vous êtes diabétique. »

C’est sur cet équilibre entre participation des « amateurs » et celle des experts que Geoff Mulgan mise. Bref, sur l’équilibre entre une hiérarchie trop rigoureuse et des réseaux ou des communautés complètement ouvertes :

« La synthèse se trouve sans doute entre les deux, entre l’expertise pointue des spécialistes et la large ouverture : nous devons nous interroger de manière plus efficace sur ce qui marche et ce qui ne marche pas dans l’innovation, dans le design, dans le crowdsourcing, dans la co-création… »

C’est ce qu’il tent de développer avec le Nesta, et le Social Innovation Exchange, qui tente d’identifier des best practices, avantde les étendre au niveau mondial grâce à la Global Innovation Academy : celle-ci tente de rendre l’innovation plus simple, plus compréhensible et plus facile à appréhender.

« Nous avons besoin de vitesse et de lenteur, d’ouverture et de fermeture. Nous avons besoin de la sagesse des foules, et parfois de sa stupidité » résume Geoff Mulgan.

> Où en est le data journalisme ?

Présenté comme une révolution pour le journalisme, le data journalisme cherche pourtant encore ses marques. Nicolas Kayser-Brill , d’OWNI.fr, en a présenté un « bilan d’étape ».

Depuis l’été dernier, et notamment depuis les publications massives de données par Wikileaks, « le data journalisme est devenu un champ à part entière du journalisme », explique-t-il.

« Avec les documents sur l’Afghanistan publié le 27 juillet 2010, c’était la première fois qu’une base de données servait de support pour créer des articles, c’est la première fois que des développeurs ont travaillé directement avec des journalistes pour produire des contenus. »

Mais le data journalisme est-il vraiment efficace ? Que change-t-il ? Qu’apporte-t-il ? Pour répondre à ces questions, il propose de distinguer les trois catégories touchées par cette nouvelle forme de journalisme : les journalistes, les utilisateurs et les actionnaires.

Les plus grandes nouveautés sont à voir du côté des journalistes :

« Les journalistes doivent apprendre à utiliser de nouveaux outils, de nouvelles compétences [NDLR : notamment apprendre à coder], à se mettre en connexion avec de nouvelles communautés, en particulier de développeurs. »

Pourtant même lorsqu’ils s’adaptent, se reposent sur de nouvelles interfaces ou sur le crowdsourcing, les résultats ne sont pas toujours à la hauteur, explique Nicolas Kayser-Brill, prenant pour exemple les Warlogs d’OWNI ou Investigate your MP’s expensives du Guardian « qui n’ont pas fait émerger des documents réellement intéressants », notamment à cause d’un manque de contexte.

Du côté des utilisateurs, les résultats sont variables : il y a un certain intérêt pour les données, comme le montre nosdeputes.fr mais dans le même temps, ces données n’intéressent qu’une petit part du public :

« Un autre problème est le contre sens possible : les chiffres sont à la mode, mais le problème est que les chiffres ne se laissent pas travailler comme les textes. Il faut apprendre à interpréter les chiffres correctement, pour éviter les erreurs et les approximations. »

Pour les actionnaires, le bilan est encore plus sombre : développer une application est bien plus couteux en temps, en ressources, qu’un simple article et le retour sur investissement, en termes de clics et d’impressions par exemple, n’est pas nécessairement au rendez-vous :

« Le data journalisme n’est pas forcément rentable, le problème étant qu’il ne rentre pas dans le business model actuel, qui repose sur la publicité. Et c’est un gros problème. Une application qui coutera 5 fois plus chère à produire ne génèrera pas 5 fois plus de revenus issus de la publicité. »

« Au fond, pas grand n’a changé depuis l’année dernière », poursuit-il, « il y a trop de confusion, un manque de compréhension de ce qu’il faut faire des données, au delà de jolies représentations de données sans intérêt et qui n’apportent aucune plus value ».

Pour ne pas finir sur une note trop négative, Nicolas Kayser-Brill propose quelques pistes pour éclaircir l’avenir du data journalisme et pour éviter que les rédactions ne s’emparent pas de ses possibilités :

  • investir « dans la confiance entre les médias et les utilisateurs »,
  • aller chercher « des geeks dans les écoles de journalisme » pour diversifier les profils et
  • faire « évoluer les journalistes vers des journalistes / chefs de projet ».

> Pour aller plus loin

Arthur Jauffret le 08/07/2011
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Arthur Jauffret le 08/07/2011

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