« C'est une période excitante pour l'open data » : entretien avec Michael Cross

« C'est une période excitante pour l'open data » : entretien avec Michael Cross Société

(visuel : Michael Cross, dans Open Public Data a new resource for innovation)

Pour accompagner l'atelier de réflexion autour du phénomène open data que nous organisons le 17 mars (inscriptions), nous poursuivons la publication d'une série d'articles, de reportages, et d'analyses, autour de la question de la libération des données.

Troisième étape : après le bilan en demi-teinte de Data.gov et notre entretien avec Nigel Shadbolt, co-créateur de data.gov.uk, nous avons interrogé Michael Cross sur le chemin parcouru par le mouvement de l’open data ces dernières années et sur les possibilités offertes, notamment pour le journalisme, par ces données.

Journaliste spécialisé dans les politiques publiques et les questions technologiques, principalement pour le Guardian, Michael Cross (en plus d’être le premier journaliste anglais à avoir couvert la famine en Ethiopie), est à l’origine de la campagne Free our Data qui avait pour but de pousser le gouvernement anglais à libérer ses données.

RSLN : Vous êtes à l’origine du mouvement Free our Data mené par le Guardian et que vous avez créé avec Charles Arthur : dans quelles conditions et avec quelles ambitions avez-vous lancé le projet ?

Michael Cross : Tout a commencé par une rencontre avec Charles Arthur, le rédacteur en chef de la section technologie du Guardian : nous étions frustrés par les problèmes que nous avions pour faire sortir les données des agences du gouvernement et par les tentatives de certaines entreprises de vendre ces données publiques.

Nous avions beaucoup de contacts avec des universitaires et des petites entreprises qui se retrouvaient dans une compétition injuste avec ces agences. Les autorités locales essayaient de protéger ces informations et de générer des revenus avec.

En mars 2006, nous avons décidé de lancer une campagne : écrire un article chaque semaine sur ce sujet pour faire prendre conscience des enjeux. Le gouvernement s’est progressivement lancé dans une politique de l’open data mais sans réalisations concrètes probantes si ce n’est la publication d’un rapport « Power of Information » (disponible ici en PDF) écrit par Tom Steinberg qui a permis de démocratiser l’idée de l’open data et sa nécessité pour les gouvernements.

Le nouveau gouvernement élu en mai dernier a été beaucoup plus enthousiaste : à la fois pour promouvoir la transparence et pour encourager la réutilisation des données mais également pour favoriser l’économie de la connaissance.

Nous sommes maintenant très optimistes, particulièrement parce que le nouveau gouvernement a, par exemple, maintenu sa confiance dans certaines des personnes désignées par le précédent : Nigel Shadbolt [NDLR : le co-créateur de data.gov.uk que nous avons longuement interviewé ici] ou Tom Steinberg par exemple. C’est une période très excitante.

RSLN : Un an après son ouverture au public, est-ce que vous considérez data.gov.uk comme un succès ?

Michael Cross : C’est toujours le début, la communauté est très réduite et la discussion est monopolisée par un petit nombre de personnes. Il y a un réel besoin pour des exemples de données qui changent vraiment la vie des gens.

A ce titre les « crime maps » [les cartes du crime publiées en février et qui ont beaucoup fait parler d’elles] sont une avancée majeure, dans le traitement médiatique, dans la perception par le public : c’est la première fois que les données font la une des journaux.

Après les données ne sont pas très bonnes ni très précises, notamment pour des raisons de respect de la vie privée, et parce que la police reste résistante à cette idée d’ouverture, mais c’est une autre question.

RSLN : A quoi pourrait alors ressembler une « killer app », une application qui changerait vraiment la vie des citoyens ?

Michael Cross : La solution viendra sans doute des applications qui mélangeront des informations géographiques avec d’autres données sociales. Je n’en ai pas vu pour l’instant mais je pense que ces applications se concentreront sur les temps de transport, le prix des logements ou la criminalité, mais de manière attractive. A ma connaissance, personne n’a réussi à le faire pour l’instant.

RSLN : Pensez-vous que ce type d’applications puisse voir le jour dans un futur proche ?

Michael Cross : Se projeter sur deux ans est un bon début : nous avons les informations brutes et les capacités pour créer ces applications. Si certaines personnes repèrent des données qu’ils souhaitent vraiment obtenir, ils peuvent les demander au gouvernement : la dynamique actuelle le pousse à libérer les données sous la forme souhaitée qui permettent de les republier facilement et de manière innovante. Les supports mobiles et les tablettes vont jouer un rôle croissant dans ces nouveaux développements.

RSLN : Le Guardian est souvent cité en exemple pour son utilisation des données, notamment en y associant ses lecteurs. Quel est l’exemple qui vous a le plus marqué ?

Michael Cross : L’été dernier, le ministère des finances a publié ses données de dépense. Le Guardian a immédiatement mis en place une initiative de crowdsourcing en publiant des liens vers les données brutes et en encourageant les lecteurs à en analyser le fonctionnement et la logique.

Les fonctionnaires du ministère des finances étaient très sceptiques et nous ont répondu que seuls des spécialistes pouvaient analyser ces données. Mais nombre des lecteurs du Guardian avaient des connaissances poussées dans ces domaines, des comptables par exemple, et ils ont trouvé des informations extrêmement intéressantes. Immédiatement à la suite, le journal a publié des articles sur les thèmes et problématiques soulevées par les lecteurs.

RSLN : Nigel Shadbolt nous expliquait que l’un des risques majeurs avec la démocratisation de l’open data est justement celui de la mauvaise « interprétation des données brutes » : de mêmes données peuvent, par exemple, servir à appuyer deux thèses opposées. Qu’en pensez-vous ?

Michael Cross : Je pense que c’est le prix à payer pour une société ouverte, une démocratie. Que va t-il se passer si les données sont mal comprises et interprétées ? J’ai peur que nous ne puissions pas y faire grand chose et qu’il faille faire avec.

Dans le même temps, plus les données sont disponibles, plus il y a de chances pour que les gens en parlent, les analysent, les croisent : la discussion offre une chance de réinterpréter les données de manière efficace et fiable, même si elles sont peut-être utilisées pour servir un certain agenda.

Les données sont accessibles et, avec la puissance du web, nous pouvons faire en sorte que l’interprétation la plus fiable se retrouve mise en avant.

> Pour aller plus loin

Dans open data
arthur Arthur Jauffret le 25/02/2011

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6 Comments


RSLNmag

"C'est une période excitante pour l'#opendata" : entretien avec @michaelcross à l'origine du mouvement Free our Data http://bit.ly/h6wiib

le 26 February 2011 à 3h23
plurialpro

RT @rdesjours: « C'est une période excitante pour l'open data » : entretien avec Michael Cross http://ow.ly/43VyA

le 26 February 2011 à 8h16
ehooge

« C'est une période excitante pour l' #opendata » http://ow.ly/44lIm  (entretien avec Michael Cross sur @rslnmag)

le 28 February 2011 à 11h40
patgen

Reading: C'est une periode excitante pour l'open data; entretien avec Michael Cross http://bit.ly/hQMYAd #opendata

le 28 February 2011 à 11h48
instantarchi

RT @ehooge: « C'est une période excitante pour l' #opendata » http://ow.ly/44lIm  (entretien avec Michael Cross sur @rslnmag)

le 28 February 2011 à 4h11
non

RT @ehooge: « C'est une période excitante pour l' #opendata » http://ow.ly/44lIm (entretien avec Michael Cross sur @rslnmag)

le 02 June 2011 à 6h11

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