Société

RSLN - Social Media Collective : les mèmes, symboles de la culture digitale ?

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C'est quoi un mème ? Comment naissent-ils ? Quelle différence entre un mème et une vidéo virale ? Que nous apprennent-ils sur la culture digitale ? Réponses avec Limor Shifman qui s'attaque à l'un des phénomènes en ligne les plus marquants du web social.

Ce billet a été initialement publié le 25 octobre 2011 par Limor Shifman sur SocialMediaCollective.org, blog édité par des chercheurs du labo « Social Media Collective » de Microsoft Research New England.
 
Nous traduisons régulièrement une sélection de billets issus de ce blog, choisis en fonction de leur capacité à importer, dans le débat français, quelques-uns des questionnements au cœur des recherches actuellement menées outre-Atlantique, où les réseaux sociaux sont l’objet de véritables recherches universitaires.

Les mèmes sont des fauteurs de troubles. Pendant que les académiques débattent sur leur utilité théorique depuis que Richard Dawkins a inventé l’expression en 1976, les internautes parlent de mèmes tous les jours, comme des acquis incontestés.

Récemment, j’ai réfléchi à une façon de dépasser ce fossé entre discours académique et populaire. Je suis d’accord avec certaines des critiques reçues par le terme, mais j’y vois toujours un concept puissant pour démystifier certains aspects de la culture digitale.

Les utilisateurs ont mis le doigt sur quelque chose, et je crois que les chercheurs devraient y réfléchir – avec précautions et de manière critique évidemment…

Comme première étape, je voudrais mettre en évidence trois points que j’ai récemment développé dans un article, « An Anatomy of a Youtube Meme », chacun renvoyant à une différente question sur les mèmes :

1) C’est quoi la différence entre « mémétique » et « viralité » ?

Bien que « mémétique » et « viralité » soient souvent utilisés sans distinction, réfléchir aux différences entre les deux peut permettre de comprendre de manière plus nuancée la culture digitale.

En se concentrant sur les vidéos, j’ai proposé d’analyser la « mémétique » et la « viralité » comme deux types de vidéos interconnectés dynamiquement.

Une vidéo virale peut être définie comme un clip qui se répand aux masses via des mécanismes de bouche-à-oreille digitaux, sans changements significatifs.

Une vidéo mémétique, au contraire, implique une structure de participation différente. C’est un clip populaire qui attire un engagement créatif des utilisateurs, dans la parodie, le pastiche ou le mash-up. Les parodies Leave Britney Alone, Star Wars Kid et Hitler Downfall figurent par exemple parmi les mèmes les plus significatifs.

Bien sur, il a un élément temporaire caché : beaucoup des vidéos mémétiques ont commencé par être des vidéos virales. Bien qu’encore obscures dans la recherche académique, cette distinction fait partie du discours populaire, comme le montre Know Your Meme [NDLR : une base de données présentant tous les mèmes, leurs origines, leurs propagations...].

La viralité et la mémétique semble être rentrées dans ce qu’Henry Jenkins appelle les « médias extensibles »spreadable media » en VO], pourtant la distinction analytique entre eux illustre deux aspects différents de la culture de participation : le premier est lié à un mode de diffusion, le second à un mode de communication en vogue, basé sur la mimésis.

Pendant que la recherche actuelle a tendance à se concentrer sur la diffusion de vidéos « virales » spécifiques, certaines pratiques probantes de mimésis peuvent enrichir notre compréhension sur la formation de la culture.

2) Qu’est-ce qui rend une vidéo « mémétique » ?

Mon analyse des trente vidéos les plus mémétiques montre six caractéristiques communes : un focus sur les gens ordinaires, une masculinité défectueuse, l’humour, de la simplicité, de la répétition et un contenu fantasque.

Chacune de ces caractéristiques montre que la vidéo est incomplète ou ratée, incitant ainsi à poursuivre un échange créatif. En clair : on dirait que les « mauvaises » vidéos donnent des « bons » mèmes dans la culture participative contemporaine.

Mais c’est, évidemment, une simple suggestion basée sur une étude de cas de vidéos mémétiques : l’analyse de mèmes textuels ou imagés donnerait probablement d’autres résultats.

3) Pourquoi autant de gens font-ils des remakes de vidéos ?

Avant que vous ayez fini de lire cet article, des milliers de nouvelles vidéos auront été postées sur Youtube. Beaucoup seront des remakes, des mash-ups ou des parodies de vidéos existantes.

Répondre à la question de savoir pourquoi tant de gens font cela dépasserait largement un article entier ou même un livre, mais j’aimerais jouer un peu avec cette idée.

Je pense le remixage de vidéos populaires est l’incarnation de ce que Barry Welman et d’autres décrivent comme « l’individualisme en réseau ».

D’un côté, les utilisateurs qui postent une vidéo qu’ils ont réalisée montre leur créativité et leur authenticité ; de l’autre, les vidéos dérivées sont souvent liées à un vidéo mémétique commune et largement partagée. Par cette référence culturelle, les utilisateurs construisent à la fois leur individualité et marquent leur affiliation à une communauté.

Auteur : Limor Shifman (version française par Arthur Jauffret)

RSLN le 18/11/2011
rsln
RSLN le 18/11/2011
Photographie : Un mème culte

1 Comments


Célina

Indeed. A ce propos nous avons publié cette présentation :
en anglais www.slideshare.net/Socultstudio/meme-culture
en francais : fr.slideshare.net/.../mme-culture-analyse-du-phnomne-mmes

Bonne soirée.

le 02 October 2013

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