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Société

SOS : il faut sauver la sérendipité !

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(visuel : library books par timetrax23, flickr, licence CC)

En surfant sur un réseau social, au détour d'un moteur de recherche ou d'un email, vous êtes tombé sur un lien vers cet article. Vous n’en cherchiez pas spécialement un sur la question mais vous avez été curieux et vous êtes finalement en train de le lire : c'est ce qu'on appelle la sérendipité, la découverte imprévue, par la coïncidence, la chance ou le hasard, de quelque chose d'inattendu.

La sérendipité est souvent citée comme l’un des exemples de la richesse du Web, cette possibilité de découvrir des contenus inédits et surprenants en quelques clics aléatoires sur une souris. Que se passerait-il alors si cette sérendipité disparaissait complètement du Web ?

C'est cette question - et cette crainte - qui ont poussé Miriam Meckel, directeur de l'Institute for Media and Communication Management, à lancer un long appel pour sa sauvegarde, sur son blog :

« La sérendipité est notre âme. La sérendipité nous soutient, elle permet, de temps en temps, de donner à nos vies des directions imprévues, et elle nous permet de regarder le monde différement. […] Sans sérendipité, la vie ne serait pas seulement prévisible, elle serait incroyablement ennuyeuse. »

Selon elle, la sérendipité est de plus en plus menacée par des algorithmes, chargés de décider pour nous des contenus qui vont nous intéresser ou des produits à acheter. Elle abonde largement dans le sens de Kevin Slavindont nous vous parlions récemment. Cet agitateur des idées numériques considère que les algorithmes dominent de plus en plus le monde, jusqu’à s’attaquer à notre culture.

Le problème fondamental pour Miriam Meckel est que ces algorithmes sont « pour toujours coincés dans le passé, parce qu'ils basent leurs calculs sur des actions passées » : ils ne laissent alors aucune place à la nouveauté ou à la découverte.

> Avec quelles conséquences ?

« À première vue, la perte de la sérendipité semble être principalement un problème technique […] mais avec le temps, cette perte pourrait avoir des conséquences bien plus larges, que nous devons au moins comprendre, si ce n’est lutter contre. »

Un Internet sur-personnalisé a le potentiel de changer nos visions du monde et – au final – de nous changer directement » explique la chercheuse.

Pour rendre un peu plus vivant, ce possible futur, elle dresse un portrait assez alarmant des conséquences de la disparition de la sérendipité.

Parmi ses principales conclusions : cette sur-personnalisation supprimerait les intérêts communs entre les individus et donc les éloignerait encore plus, faute de centres d’intérêt communs. À plus long terme, cette disparition limiterait la personnalité et les goûts des internautes, en les enfermant peu à peu dans des cases prédéfinies et pré-pensées.

Elle prend pour un exemple un fan de théâtre : il va recevoir ou se voir proposer de plus en plus de contenus liés au théâtre qui viendront occulter les autres. Jusqu’au point où il « n’aura plus la chance de trouver d’autres informations – [il] ne saura même plus qu’elles existent ».

Plus inquiétant encore peut-être, nous serions, selon elle, incapables d'apprendre sans sérendipité, l'apprentissage se faisant par la rencontre avec l'inconnu ou l'imprévu qui nous ouvre de nouvelles perspectives :

« Pour évoluer comme des êtres humains, nous avons besoin de coïncidences et de rencontres avec l’inconnu pour nous inspirer à voir de nouvelles perspectives. C’est la caractéristique même de la démocratie et de l’obligation de chaque citoyen à faire face à des choses qui dépassent son simple point de vue sur le monde pour voir au delà. »

> Comment alors éviter cet inquiétant tableau ?

Attention, il « serait naïf de penser que l’on peut inverser ou arrêter cette personnalisation d’Internet », avertit Miriam Meckel – sans toutefois, renoncer à reconnaître quelques « avantages » à cette tendance.

Elle suggère trois approches fondamentales pour en limiter les conséquences :

  • Construire un discours public pour avoir un débat de fond sur la question,
  • Promouvoir le doute et l’incertitude pour stimuler la réflexion et l’ouverture et
  • S’appuyer sur les « journalistes humains » pour contrebalancer ce phénomène des contenus automatisés.

Avant de conclure :

« Nous ne pouvons pas faire sans ces coïncidences, sans sérendipité – même sur Internet.

En sauvant la sérendipité, nous sauvons nos propres âmes, en sauvant ce qui nous distingue, nous, humains des machines. Donc : sauvons notre sérendipité ! »

> Pour aller plus loin : 

Arthur Jauffret le 17/10/2011
arthur
Arthur Jauffret le 17/10/2011

4 Comments


Jean-Philippe

Vous avez bien raison ! La sérendipité permet aussi à l'Art d’évoluer et aux inventions d’être découvertes. Si tout devient formaté, nous perdrons la richesse du grand Hasard qui nous enrichit. Smile

le 28 October 2011
Edouard

Grand débat que le besoin de préserver cette fameuse sérendipité, tout en utilisant des moteurs de recherche qui nous sont bien utiles... !

Pour alimenter le débat, voici un article que j'avais moi-même écris sur le sujet il y a quelques mois, plutôt sous l'angle de la socialisation de la recherche www.nouslesgeeks.fr/.../

le 05 November 2011
Edouard

Je souscris complètement au débat sur pertinence de la recherche vs joie de la découverte hasardeuse. Pour ma part, j'avais abordé ce sujet sous l'angle de la socialisation des moteurs de recherche dans un article il y a quelques mois de ça. N'hésitez pas à jeter un coup d’afillée si vous souhaitez poursuivre le débat : www.nouslesgeeks.fr/.../

le 08 November 2011
marc

Cette question est très largement traitée par les informaticiens. Scientifiquement, on sait à peu près faire. Le problème, c'est que les grandes applications amazon, facebook, google n'y ont pas intérêt. Elles optimisent leur critère.

le 30 November 2011

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