Gamers vs sida: quand un jeu vidéo aide la science

Gamers vs sida: quand un jeu vidéo aide la science Santé

Lutter contre le sida grâce aux jeux vidéo ? La proposition peut paraître fantaisiste et pourtant. Des joueurs ont réussi à percer le mystère d’une enzyme clé dans la prolifération du virus grâce à un jeu vidéo (RSLN vous en avait parlé ici).

Une découverte faite au nez et à la barbe des scientifiques qui planchaient dessus depuis plus de dix ans, ouvrant de nouvelles perspectives de collaboration.

L’avenir de la recherche est-il à regarder du côté des jeux sérieux ? Des joueurs ont réussi à percer le mystère d’une enzyme clé du virus du sida chez le singe grâce à Foldit. Ce serious game permet de manipuler des structures moléculaires virtuelles selon les mêmes règles que celles qui régissent le développement des molécules IRL. Et c’est justement parce qu’il se base sur des connaissances réelles en biochimie que ce jeu peut aboutir à de surprenantes découvertes, comme celle réalisée mi-septembre par une poignée de gamers. Alors, heureux hasard ou façon radicalement inédite d’aborder la recherche scientifique ? Notre vrai-faux.


(Capture d'écran par RSLN sur le site de Foldit)


Cette découverte, liée au sida chez le macaque rhésus, a été faite par des novices

VRAI
Il s’agit d’une quinzaine de joueurs aux profils variés et habitant les quatre coins du monde (Canada, Etats-Unis, Europe, Nouvelle-Zélande). Ils ont été réunis dans une même équipe à l’initiative des créateurs du jeu pour plancher sur la structure de protéines sur lesquelles bute la communauté scientifique. «Les joueurs ont des profils variés, certains travaillent dans l'informatique ou dans le milieu scientifique, mais les meilleurs sont en dehors de tout ça», explique «Mimi», qui appartient à l'équipe Contender créée pour l'occasion, à MSNBC. Si tous partagent le goût du jeu et du défi, aucun n’est un biochimiste reconnu. « Foldit est la preuve qu'un jeu peut transformer un novice en expert », estime Zoran Popovic, professeur d'informatique à l'Université de Washington, cité par Lefigaro.fr.

 
Foldit nécessite des connaissances en biochimie
FAUX
Ce jeu propose à des joueurs, seuls ou en équipe, de « plier » (to fold, d’où le nom du jeu) une molécule pour créer une structure en trois dimensions « viable » selon les critères scientifiques. Une action simple, donc, qui suppose d’être agile de ses mains et pas d’empiler les doctorats. Le jeu ne nécessite pas de connaissances particulières en biochimie mais il repose tout de même sur les principes qui régissent le développement des molécules IRL. En clair, on peut jouer à tordre des structures dans tout les sens sans qu’il ne se passe jamais rien (elle reste alors de couleur rouge) ou parvenir à créer une molécule viable (qui devient alors verte).
 
Cette découverte est un coup de chance
FAUX
Les participants à cette expérience ont été triés sur le volet par les créateurs de Foldit qui ont fait leur sélection parmi les meilleurs joueurs du site. A défaut d’être des scientifiques, il s’agissait au moins d’experts du jeu. En outre, ce jeu n’en est pas à son coup d’essai : il a déjà contribué à percer les mystères d’une autre enzyme intervenant dans la maladie d’Alzheimer).
 

(Visuel: capture d'écran par RSLN sur le cite de Foldit) 
 
Les joueurs ont été bien plus rapides que les scientifiques
VRAI
En découvrant la forme réelle de cette enzyme en à peine trois semaines, les joueurs ont réussi là où les scientifiques bloquaient depuis plus dix ans. Et signent là une avancée significative dont pourrait bénéficier la recherche contre le sida chez l'homme.
 
Demain, tous scientifiques ?
FAUX
Pour Seth Cooper, le créateur du jeu Foldit, cette découverte montre « qu'en combinant les jeux, la science et l'informatique, on parvient à des avancées qui n'étaient pas envisageables jusqu'alors ». Mais cette « science citoyenne », comme il la nomme, ne se substitue en aucun cas à la science « traditionnelle ». Car les découvertes réalisées via le jeu doivent encore être validées au niveau scientifique pour être reconnues. Dans le cas de l’enzyme du sida chez le singe, les joueurs ont transmis la structure qu’ils avaient créée à des scientifiques qui l’ont ensuite « affinée » pendant plusieurs jours.
 
C’est une nouvelle façon de penser la recherche
VRAI
Ce jeu ouvre la voie à une recherche collaborative (amateurs/professionnels voire amateurs/machine) et permet une nouvelle façon de visualiser, en 3D, des structures moléculaires quand le microscope ne propose que des visions aplaties. Surtout, il s’intéresse à un domaine capital pour traiter les maladies. « Trouver la configuration exacte d'une protéine est fondamental pour comprendre comment la maladie se développe au sein de l'organisme et surtout pour élaborer un médicament capable de la stopper », explique Gilles Pialoux, chef de service des maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital Tenon, sur Rue89. Preuve ultime qu’un début de collaboration est possible, la revue scientifique Nature Structural & Molecular Biology, qui a publié cette découverte, fait exceptionnellement figurer les joueurs comme co-auteurs de l'étude.
 
(Visuel: Molecule par Caroline Davis2010, Flickr, licence CC)

 

sandrine Sandrine Cochard le 26/09/2011

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