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Politique

L'UMP dévoile les 45 propositions de son « programme numérique »

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« Nous voulons mettre le numérique au cœur de la campagne présidentielle de 2012 […] en le considérant de façon transversale et s’appliquant à tous les aspects de notre société. » Voilà, c’est ainsi que s’ouvre le document intitulé « Révolution numérique : le meilleur reste à venir», diffusé ce mardi 28 juin par l’UMP, dans le cadre d’une « convention numérique » organisée à Paris, au Palais Brongniart.
 
Ce texte programmatique, long de 33 pages, détaille  45 « propositions », regroupées selon quatre « axes » distincts. Elles feront l’objet d’un « débat », en ligne, « jusqu’à la mi-septembre », avant d’être constituées en véritable « programme », qui sera présenté « au cours d’une rencontre à La Cantine », selon les précisions de Laure de la Raudière, député UMP et spécialiste des sujets numériques.
 
Signe de l’importance du sujet : le parti présidentiel a très bien soigné la communication autour de la publication de ces premiers axes, en construisant une « séquence » bien travaillée - exactement comme l’avait fait le Parti socialiste une semaine plus tôt, en faisant intervenir jusqu’à sa première secrétaire.
 
A un peu moins d’un an de la présidentielle, c’est indiscutablement le signe que le numérique est pris en considération comme l’un des grands sujets de campagne par les Etats-majors politiques.
 
Nous vous proposons un décryptage de ces propositions : la manière dont elles ont été versées au débat public, leur contenu, et, enfin, l’identification d’une grande ligne de clivage.
 
> Sur la forme : du dialogue, mais entre militants 
 
D’abord, quelques points communs : 
 
  • L’UMP a eu le souci de la rencontre « IRL » pour appuyer cette séquence,
  • Mais également de diffuser, à cette occasion, des éléments de programmes écrits.
 
Voilà, nous n’irons pas beaucoup plus loin. Car l’ambiance, au palais Brongniart, mardi 28 juin, n’avait pas grande à voir avec celle qui régnait à La Cantine, quelques jours plus tôt : la « convention numérique » de l’UMP se tenait en effet dans une salle de conférence grand format, avec une médiation instituée, en la personne d’un « présentateur-animateur », une scène, une succession  d’intervenants  et d’acteurs placés en situation de témoignages, plus que de contributions.
 
Parmi les intervenants, on peut relever la présence d’Eric Besson, le ministre chargé de l’industrie et de l’économie numérique, de parlementaires  et d’élus UMP (Benjamin Lancar, Jean-Michel Fourgous, Franck Riester, Hervé Mariton, Pascale Luciani-Boyer).
 
Mais également de la directrice des études de la CNIL, de Gilles Babinet, le président du conseil national du numérique, de représentants d’entreprises, également – tous prenant grand soin de témoigner ès qualité, et non à un titre militant – des précisions pas forcément toujours adoptées lors des ateliers organisés par le PS.
 
Bref, une convention, dans ce qu’elle a de plus classique, et, surtout, de plus … interne : les spectateurs qui remplissaient largement la salle étaient en grande majorité des militants venus assister à un débat « grand public » - et ceci étant écrit sans connotation négative.
 
L’audience n’était invitée à participer aux échanges que lors de sessions de questions-réponses ramassées, en temps. A l’inverse, le PS avait, dans l’ambition du moins, se voulait davantage « contributif », avec des  « ateliers » distincts – au risque de donner l’impression de débats réservés à des initiés ?
 
Autre élément à relever : quoique « interne », cette convention était largement ouverte. L’inscription préalable présentée comme « obligatoire » n’était pas vérifiée à l’entrée.

> Sur le fond :  

Une « ambition » forte, générale, est martelée : « Faire de la France un leader mondial du numérique. »
 
Deux axes, et deux appréhensions du numérique sont ensuite développés : la création d’emplois (« créer 600.000 emplois entre 2012 et 2017 »), mais, également, un volant plus sociétal : « le numérique est aussi un enjeu social fort », peut-on lire.
 
  • Côté « écosystème » : Et revoici le « small business act numérique » ... notamment proposé par le PS, et qui revient régulièrement sur les agendas politiques depuis une dizaine d’années. Soit, concrètement, la possibilité de réserver une partie des achats publics aux PME, en matière de nouvelles technos. A noter : pas de « banque publique d’investissement » chargée de « soutenir les jeunes entreprises », contrairement au programme socialiste.
  • Côté infras : un objectif de couvrir « 100% du territoire d’ici 2025 », et la création d’une filière spécialisée à bac+2 pour assurer ce déploiement - le PS évoquait « un accès pour tous d’ici dix ans ». Mais, différence notable avec les propositions socialistes, pas question de créer un « opérateur » chargé du déploiement du haut-débit.
  • Dix propositions autour de l’éducation : près d’un quart des propositions de l’UMP concernent les TICE, champs dont nous avions souligné l’absence forte côté PS. La nature des propositions, elle, n’a rien de très neuf : elles sont, pour la quasi-totalité, issue du rapport du député UMP des Yvelines Jean-Michel Fourgous, « réussir l’école numérique »,  salué (relativement) unanimement lors de sa présentation en février 2010
 Le député, défricheur des sujets « éducation numérique » détaillait alors le montant de l’effort à consentir pour implémenter ses propositions : « L'ordre d'idée [de l'enveloppe budgétaire], c'est un milliard d'euros, mais ça peut bien sûr monter au-delà », détaillait-il.
 
A l’époque, le ministre de l’Education nationale avait promis « un plan stratégique pluriannuel pour le numérique à l’école ».
  • « La neutralité, un principe cardinal à garantir » : sur ce point, l’UMP reprend, point par point, le rapport et les recommandations de la mission d’information parlementaire menée par Laure de La Raudière, sur « La neutralité de l’Internet et des réseaux », en avril 2011.
     
  • Le dernier volet des recommandations, soit une vingtaine de propositions, est consacré au volet « social » du numérique. On y trouve : 
- trois propositions pour « mettre le numérique au service des plus âgés » : équipement numérique des maisons de retraite notamment, la création, via un PPP, d’une « communauté virtuelle destinée aux personnes âgées »
 
- la reprise de plusieurs orientations développées dans le rapport du député UMP Franck Riester autour de la « e-administration »
 
- un engagement autour de l’opendata, avec des obligations fortes sur les formats des fichiers mis en ligne par l’administration – en l’occurrence : « ouverts et interopérables, permett[ant] une exploitation documentaire »
 
- un encouragement du télétravail, notamment dans la fonction publique,
 
- le développement de la télésanté, dans la lignée des préconisations du député Pierre Lasbordes, auteur d'un rapport parlementaire sur la télésanté, en novembre 2009.
 
- Trois propositions autour de la privacy – et notamment la création d’une CNIL européenne, qui serait une « émanation du G29 », une labellisation des entreprises « respectueuses de la vie privée », qu’il s’agisse de « pure-player, ou d'entreprises plus traditionnelles sur certaines thématiques particulières - à l'exemple du recrutement, par exemple. 
 
> Le grand point de clivage 
 
La création, évidemment. 
 
Regardez nos deux visualisations, et observez (notamment) la place occupée par le nombre d’occurrence de « création » dans les deux programmes :
 
Côté UMP :
 
 
Côté PS :
 
 
La raison est simple : dans le document de l’UMP, la « lutte contre les usages illicites qui détruisent le marché de l’innovation ou de la création », bref, la question du financement de la création à l’heure numérique, et, donc, du téléchargement, est considérée comme un élément de bilan.
 
C’est d’ailleurs la seule occurrence de la « Hadopi » dans ce document, cette même haute autorité que le PS promet « abolir ». 
 
Au regard de la sensibilité de l’opinion, médiatique mais également des internautes, sur la question – une simple prise de position dans une tribune publiée sur Rue89 sous la plume de Martine Aubry peut entraîner de très nombreuses reprises, et d’observer que c’est le seul sujet qui ait réellement provoqué des discussions tranchées lors du eG8, en mai, difficile de penser que cette thématique restera ainsi « terra incognita » de la campagne numérique … . 
 
A suivre, évidemment !
 
> Pour aller plus loin : 
 
Antoine Bayet le 11/07/2011
antoine
Antoine Bayet le 11/07/2011

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