Médias

Les nouveaux habits du journalisme dans le monde du déluge des données

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C'est un peu un volet parallèle de notre enquête sur l'opendata : à l'heure de l'abondance des données, la manière dont se fabrique l'information évolue également forcément, pour s'adapter à ce nouveau contexte. Explications, avec une actualité, et le décryptage d'exemples venus de l'étranger. 
 
1. L’actu du jour : un nouveau site de « datajournalisme » en France
 
 
Un site de « datajournalisme » pour fêter ses trois ans. Mediapart, site d’info en ligne lancé le 16 mars 2008, a annoncé ce jeudi 10 mars, lors d’une conférence de presse, le lancement de « FrenchLeaks », un site dédié à la « diffusion de documents d’intérêt public ».
 
FrenchLeaks se revendique à la fois « base documentaire » - les documents en question étant « soit […] trouvés par les journalistes de Mediapart, soit […] transmis par des sources via FrenchLeaks » - et « instrument d’alerte » - pour « permet[tre] à des sources de […] transmettre, en toute sécurité et confidentialité, des documents d’intérêt public. »
 
Evidemment, FrenchLeaks fait écho à la déferlante Wikileaks, ce site créé par Julian Assange, qui s’est fait connaître par la diffusion - ou la mise à disposition de quelques médias - de documents non publics.
 
Mais il surfe également sur une autre tendance : celle du « datajournalisme », affiliation revendiquée par François Bonnet, l’un des cofondateurs de Mediapart, dont il est le directeur éditorial - le terme n'apparaît toutefois pas dans la déclaration d'intention du site.
 
Un nouveau journalisme pour un monde où l’abondance des données devient la règle ?
 
Cette naissance intervient dans un contexte où le journalisme fait évoluer certaines pratiques, pour mieux donner sens aux données, désormais accessible à foison.
 
Cela peut consister à diffuser des fichiers de donnés brutes en marge d’un article ou d'une enquête, pour satisfaire la soif de données des lecteurs - c'est dans ce cadre là que se place FrenchLeaks, qui voit en internet un « univers sans frontières, lieu de partage et d’échange, facilitant la circulation et la conservation des données, sans entraves à l’accès ni limites de stockage ».
 
Mais le journaliste experts ès données peut également être amené à découvrir des informations en compilant, en croisant, voire en mettant en scène ces fameux fichiers de données : 
 
« En exploitant des données grâce à de nouveaux logiciels, on va pouvoir déceler des tendances, mais également dénicher de vrais scoops et des informations passionnantes », nous expliquait Eric Scherer, directeur de la prospective chez France Télévisions, dans le cadre de notre dossier sur la révolution de l'information, en juin 2010.
 
D'ailleurs, n’allez surtout pas accuser Mediapart de succomber à une « mode », ou d’arriver après la bataille – la fonction « soumission » de FrenchLeaks - un formulaire d’envoi de documents - existe ainsi par exemple déjà sur le site Owni, média vitrine de la société 22mars, qui a fait de la pratique du datajournalisme l’un de ses grands axes de développement.
 
« On ne court après personne, assure ainsi Edwy Plenel, directeur de la publication de Mediapart. Plus nous serons nombreux, mieux ce sera… »
 
Toujours pas convaincu ? Voici quelques exemples ...
 
Encore balbutiant et expérimental en France, le genre du « datajournalisme », est expérimenté plus régulièrement par plusieurs publications anglo-saxonnes. Voici quelques exemples qui ont vu les journalistes mettre la main dans les données, pour en extraire de nouvelles informations :
  • Une enquête sur les sources de pollution des eaux aux États-Unis
 
Le New York Times a compilé les données issues de 200.000 entreprises et installations ayant l’autorisation de déverser des polluants dans les cours d’eau, d’agences de protection de l’environnement et de surveillance de l’eau. 
 
Loin de s’en tenir à cette collecte, le quotidien a demandé à chaque État des compléments d’information : nombre de permis de polluer accordés, nombre de contrevenants sanctionnés, équipes affectées à la surveillance des eaux, etc.
 
État par État, des cartes interactives indiquent les sites où la loi est, ou n’est pas, respectée. Il suffit de saisir un code postal pour visualiser le degré de pollution des eaux du site. Bilan implacable : il s’avère que les entreprises polluantes ont violé le Clean Water Act plus de 500.000 fois à l’échelle du pays.
  • Une topographie des accidents de la route en Norvège

En Norvège, le quotidien Bergens Tidende, principal journal de la deuxième ville du pays, Bergen, a entrepris d’enquêter sur la fréquence et la cause des accidents de la route, particulièrement nombreux dans l’ouest du pays.
 
Les journalistes ont dû rappeler à l’administration norvégienne l’existence d’une loi sur la liberté de l’information pour obtenir l’accès au registre répertoriant l’ensemble des accidents. L’analyse d’un fichier Excel très détaillé (lieu, nombre de victimes, nature des blessures, conditions météo, état de la route, limitation de vitesse, heure de l’accident...) et comportant pas moins de 11 400 incidents s’est révélée fructueuse.
 
Le Bergens Tidende a finalement mis en ligne une carte interactive répertoriant l’ensemble des accidents du pays entre 2000 et 2010. Chaque semaine, plus de 500 000 personnes consultent cette carte, alors même que Bergen ne compte que 260 000 habitants.
 
Désormais, le Bergens Tidende s’efforce de mettre un visage sur chaque victime de la route, dans son projet « Killing roads » (routes tueuses). Objectif : inciter les autorités à améliorer la qualité du réseau routier. Voici l’exemple parfait d’un sujet hyperlocal qui finit par intéresser un pays tout entier.
  • Des graphes des pertes britanniques en Afghanistan
 
Au Royaume-Uni, le quotidien The Guardian est un chantre du data journalism. À partir des informations publiées par le ministère de la Défense et par WikiLeaks (pas moins de 92 201 lignes dans la base de données), il a publié ses « war logs », une représentation graphique du nombre de militaires britanniques morts ou blessés en Afghanistan, mois après mois, depuis le début du conflit.
 
Résultat : des cartes détaillées, des graphiques et même une fresque réalisée avec les photos des 350 soldats tués depuis 2002. Des présentations très visuelles qui peuvent quasiment se passer d’explications écrites, mais qui ont un impact aussi fort qu’un long article rédigé. 
 
> Pour aller plus loin :
 
La ronde des chiffres du journalisme de données, une enquête de La Croix, à l'automne 2010
 
> Visuels utilisés dans ce billet :
 
Mirko Lorenz, DDJ Project leader, European Journalism Centre, Innovation projects, Deutsche Welle, licence CC
Captures d'écran des projets du Guardian, du New York Times.

6 Comments


RSLNmag

Les nouveaux habits du journalisme dans le monde du déluge des données - feat. @FrenchLeaks, @btno, @datablog ... : http://bit.ly/hIX4Ta

le 11 March 2011
MdePierrefeu

RT @RSLNmag @manahouche Les nouveaux habits du journalisme dans le monde du déluge des données: http://bit.ly/hIX4Ta

le 11 March 2011
fcinq

[RSLN] Les nouveaux habits du journalisme dans le monde du déluge données - feat. @FrenchLeaks, @btno, @datablog, ... : http://bit.ly/hIX4Ta

le 11 March 2011
Silvae

[veille] Les nouveaux habits du journalisme dans le monde du déluge des données http://goo.gl/oCvv7

le 14 March 2011
_omr

RT @Silvae [veille] Les nouveaux habits du journalisme dans le monde du déluge des données http://goo.gl/oCvv7 < sur @RSLNmag

le 14 March 2011
EricMainville

RT @RSLNmag RT @_omr  Les nouveaux habits du journalisme dans le monde du déluge des données http://goo.gl/oCvv7 via @Silvae

le 14 March 2011

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