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Clay Shirky : le net version « lunettes roses », ou une figure de l'intellectuel numérique ?

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Clay Shirky, gourou du web collaboratif ? Ou irréductible optimiste et doux naïf ?

Histoire de donner un peu plus de sens à la rencontre que nous organisons autour du prof de la New York University ce lundi 31 janvier, nous avons sollicité deux regards d'intellectuels vivant en France, sur les travaux et la personnalité de Clay Shirky, qui sont largement complémentaires de l'entretien que Shirky nous a accordé.

Notre ambition : comprendre la réception de son travail, ici, en France ; mais également nous attarder sur la manière dont Shirky lui-même se met en scène pour diffuser ses convictions.

Premier regard : celui,  tout en nuances, d'Olivier Postel-Vinay, fondateur et directeur du magazine Books, qui a consacré un dossier de sa revue au couple web / démocratie. 

Nous avions échangé avec lui sur le making-of du magazine, et sur ses partis-pris : il nous expliquait alors faire - plutôt - partie des « cyber-pessimistes », bref, pas franchement forcément un fervent partisan des thèses made in Shirky. Mais, vous allez voir, il reconnaît néanmoins des vertus au travail de Shirky : 

« Clay Shirky se place dans la catégorie de ce que l’on appelle les « cyber-optimistes », ces personnes qui voient le développement des nouveaux médias au travers de lunettes roses [...]. 

Pourtant, je dois tout de même reconnaître que je partage l’avis de Clay Shirky sur un certain nombre de points, notamment son idée que les réseaux sociaux transforment objectivement et profondément le rapport que les gens ont à l’information, et le rapport que les gens entretiennent entre eux. Clay Shirky a raison quand il nous dit qu’Internet concurrence le vieux monopole de la télévision sur l’information de masse.

Cependant, je ne le suis pas dans cette certitude qu’Internet et les réseaux sociaux soient un puissant instrument de démocratisation et de contestation. Je pense que la technologie est neutre : elle n’est que ce que les gens veulent bien en faire. Certes, elle modifie le tissu social et cognitif de la société, mais ensuite, l’exploitation de cette nouvelle donne dépend des forces en présence. L’avantage incombe à ceux qui savent utiliser au mieux ces outils. Si les Etats totalitaires réussissent à les contrôler, ce sont eux qui l’emportent. C’est actuellement le cas en Chine. On le voit également en Egypte : si les réseaux sociaux jouent un rôle de déclencheur, le pouvoir reprend vite le contrôle.

Autre point sur lequel je ne suis pas en accord : s’il y a du vrai dans sa théorie que l’on apprend plus, et plus vite, sur le Net, cette affirmation comporte beaucoup de limites. Par exemple, je trouve son éloge de Wikipédia relativement naïf.
[Clay Shirky a d'ailleurs signé un texte - fort - élogieux à l'occasion des dix ans de l'encyclopédie en ligne, sur le Guardian, NDLR]

S’il s’agit d’un outil très utile pour un premier défrichage, dès qu’une question est complexe ou sensible, les articles en rapport sont souvent noyautés par les puissants, notamment les industries. On l’a vu avec le Médiator.

Le débat qui s’annonce me semble pour toutes ces raisons très intéressant : c’est l’occasion d’aller plus loin que la vision que nous avons de lui à partir de ses livres et, peut-être, de le pousser un peu dans ses retranchements …
»

Seconde position : celle de Gaby David, chercheuse à l'EHESS, au sein du Laboratoire d'histoire visuelle contemporaine.

Enthousiaste sur le fond des positions défendues par Shirky, elle relève également le positionnement innovant de Shirky, capable d'écrire sur l'objet « net », tout en le pratiquant assidûment - nous avions soulevé cette question du rôle des « experts » et du travail de l'intellectuel à l'heure du numérique, lors des lors de la rencontre RSLN #1, autour d'Andrew Keen et de Patrice Flichy

« Il faut être vraiment très fin pour, comme il y parvient, être capable de comprendre le Zeitgeist, ou plutôt : ce qui est en train de se passer en direct, en live, avec le real time, sur internet. Et en plus, avec ses articles en ligne ou son blog, on peut le suivre sans avoir besoin d’attendre son prochain livre.

Faire l’effort de “suivre” quelqu’un qui nous intéresse dans notre construction intellectuelle, dans notre ouverture d’esprit, c’est quelque chose que nous devrions tous faire. Avec Twitter, delicious ou Facebook, d’ailleurs, il n’y a aucune excuse. 

Et le plus intéressant, c’est qu’ainsi, on parvient non seulement à les lire, dans leurs propres écrits, mais que l’on a également la possibilité de lire ce qu’il lit, apprendre pourquoi et comment il en arrive à “déduire” des positions. Ce qui, rétrospectivement, permet une meilleure compréhension de ses propres écrits !

Résultat : j'ai vraiment l’impression de penser avec lui, pas seulement à propos de ses positions, de ses partis-pris sur les questions de société, mais également dans la manière dont j’appréhende la manière dont s’est formée sa pensée.

Clay Shirky a compris qu’internet est un phénomène social, global, et définitivement mondial. Sur les questions du crowd sourcing, ou de l’open source, il est également très pertinent, à mon sens. Mais surtout … il n’est pas seulement un penseur du net, mais également un utilisateur averti. Ce qui change tout … . 

Nous n’avons pas de tells “web guru” en France, le seul connu étant sans doute Loïc Le Meur, qui est précisément parti vivre aux Etats-Unis. Je suis absolument convaincue que de tels échanges doivent être encouragés, et se développer ... »

Visuel utilisé dans ce billet : Clay Shirky: Here comes everybody!, par AlphachimpStudio, licence CC

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