(visuel : représentation des termes les plus fréquemment utilisés par nos experts, générée via wordle)
L'info sous toutes les coutures … sauf une. Nous vous avons largement parlé ici, et dans un numéro papier (PDF) de RSLN, de l'info, et de sa révolution numérique. Nous avions alors parlé modèles économiques, désintermédiation, et autres réseaux sociaux.
Mais nous n'avions pas abordé frontalement la question de la qualité de cette info made in internet.
Sollicités par RSLN, quelques experts de la question, principalement issus du monde des médias et du champ universitaire, ont accepté de répondre, par un court texte original, à la question « Mieux informer grâce au web, c'est possible ? ».
Leurs contributions vont toutes dans le même sens, ou presque : oui, grâce au web, il est possible de mieux informer. Et, corollaire logique : non, internet n'est pas, par nature, le ramassis de fausses infos, que d'aucuns décrivent. Bien au contraire s'exclame même l'universitaire Arnaud Mercier, qui a créé une licence spécialisée dans la formation de journalistes web, à Metz :
« Contre la vulgate dénigrant ce support d’information dans sa totalité parce qu’on peut y trouver çà et là le pire (rumeurs, diffamations, erreurs…), il faut affirmer que le web peut être un vecteur d’amélioration de l’information »
Reste encore à savoir comment faire pour y parvenir. Nous tentons dans ce billet quelques rapprochements dans les réponses, en les regroupant sous trois pôles distincts : la nature de l'information en elle-même, les conditions de travail et les outils à la disposition des journalistes, les nouveaux publics de l'info.
Une information plus profonde

Patrick Le Floch, économiste des médias et directeur de l'Institut d'Etudes Politiques de Rennes, prend le temps de définir cette nouvelle information : il explique en effet sa nouvelle profondeur - notamment née des hyperliens.
« [Le web] permet une mise en relation techniquement simplifiée par l'utilisation des hyperliens qui permettent aux internautes de se diriger vers des sources complémentaires (écrites ou vidéo). Une information peut alors être complétée par des références à des articles antérieurs, que ceux-ci soient sur le site propre de l'éditeur ou sur le reste de la toile. On peut parler de « profondeur » de l'information dans la mesure où, en quelques clics, l'internaute arrive rapidement à la source de l'information. »
Ce « constat technique » est « positif pour la qualité de l'information », écrit encore Patrick Le Floch.
D'autres évolutions techniques doivent également permettre de mieux informer, relève Eric Scherer, directeur de la stratégie et des relations extérieures de l'AFP et blogueur :
« Les nouveaux outils numériques d’exploitation et de visualisation permettent de transformer les données en information, en connaissance et en savoir. Il s’agit d’un virage culturel dans la manière de regarder et de rendre compte du monde. »
De nouveaux journalistes ?
Oh, attention, pas question de rouvrir le é-nième débat sur le « journalisme citoyen », ou de refaire le match blogueur v. journalistes - sur ce sujet, tout est dit ou presque dans cette émission d'Arrêt sur images.
Nos experts soulignent plutôt les modifications sur les conditions de travail des journalistes. Laurent Guimier, à la tête des sites d'actualité du groupe Lagardère (Europe1.fr, ParisMatch.com, LeJDD.fr), en souligne une nouveauté structurelle :
« L’enquêteur est aujourd’hui sur la même ligne de départ que le citoyen-lecteur et s’expose d’autant plus aux critiques que la « matière première » de son travail est à disposition de son client final. »
Eric Scherer pose un regard empruntant assez largement à la sociologie des journalistes sur ce point :
« Les journalistes doivent abandonner la position de surplomb et de magistère pour interagir désormais avec leur audience, ce qui les rend plus responsables dans leur travail. De plus en plus de gens font jouer aux médias sociaux un rôle de premier filtre pour accéder à l’information. Cette nouveauté force les journalistes à descendre de leur piédestal pour embrasser les nouveaux usages et atteindre leur public via ces nouveaux canaux de distribution. »
Simple débat de spécialistes, ou de cuisine interne ? Certainement pas. Jérôme Bureau, directeur de l'information de M6, rappelle, dans sa contribution, l'importance cruciale que peut revêtir cette question : pour faire une info de qualité, ce sont les talents des « cuisiniers » de l'info - comprenez par là des journalistes :
« Toutes ces « facilités », qui rendent effectivement l’accès à l’information plus facile, plus rapide, plus efficace que n’importe où ailleurs, sont autant de dangers potentiels si l’on oublie une chose fondamentale : c’est le cuisinier qui fait l’omelette. [...] »
De nouveaux lecteurs
Le web ne modifie pas seulement l'information en tant qu'objet, ou les conditions de travail de ses producteurs. Il joue également un rôle fondamental sur les attentes des consommateurs de l'info, troisième partie.
Alexis Mons, cofondateur du groupe Reflect et blogueur, le souligne :
« Dans ce débat, il manque l'acteur principal : l'utilisateur. Pendant que l'on s'étripe de savoir ce qui est bien ou pas sur le web, ce qui pourrait être dans le meilleur des mondes, les gens s'en servent, donnent un sens à ce qu'ils y font, y trouvent un progrès pour eux mêmes. [...] Les gens savent faire la part des choses et ont trouvé pour eux même un progrès. Diversité des sources, capacité à interagir et discuter, opportunité de contribuer et de participer. »
Nicolas Schaettel, directeur de MSN France [disclaimer : édité par Microsoft, éditeur de RSLN, NDLR] raconte de son côté l'expérience menée par l'agrégateur avec la chaîne de télévision M6, autour du format éditorial : La question du jour - celle-ci permet aux journalistes de M6 de poser une question, tous les jours, aux internautes présents sur MSN, puis de l'utiliser ensuite dans leurs journaux télés :
« Ce format éditorial n'a rien d'anecdotique. Il [...] permet de prendre l'air du temps, de remonter des sujets, d'instaurer une relation de proximité entre les journalistes et [les internautes]. »
Blogueur, journaliste, et spécialiste média sociaux pour la RTBF, Damien Van Achter, nous a envoyé la vidéo ci-dessous, où il nous livre son opinion personnelle sur la question posée.
Et il est évidemment question de cette nouvelle audience ... celle qui peut participer à la production de l'info avant que le bouton "publier" ne soit pressé :
« Les dynamiques montrées au cours des derniers mois, des dernières années, reposent sur la logique d’un web comme une « plateforme », sur laquelle on agit, on interagit, on créé de la valeur ajoutée, parce que les internautes sont parties prenantes dans le processus même de création de l’information. […]
On se rend compte que les gens ont des choses à dire pendant le processus même de création de l’information, et pas uniquement dans les commentaires, une fois que l’on a appuyé sur « publier ». »
> Visuels utilisés dans ce billet :
linked in, par Jenny Downing, licence CC
Journalists at play, par Lisa Padilla, licence CC