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Politique

À l’échelle de l’UE, la visioconférence interministérielle va rester une exception

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(photo : dispositif de visioconférence utilisé lors du conseil européen exceptionnel des Transports, lundi 19 mars, capture d'écran)

« La visioconférence n’est pas utilisée pour les conseils [des ministres] de l’Union européenne, et il n’y aucun plan pour l’utiliser à ce niveau » : interrogé lundi par RSLNmag.fr, le service de presse du Conseil européen est formel.

La journée du 19 avril qui, pagaille dans le ciel européen oblige, a vu se dérouler par visioconférence deux réunions de 27 ministres de l'Union réunis en conseil, restera pour l’instant sans suite. N'en déplaise au ministre de l’Industrie espagnol Miguel Sebastian, dont le pays assure la présidence de l’Union européenne, qui a précisément loué ce genre de réunions « plus économiques », lundi.

La réflexion est pourtant largement engagée, notamment depuis juin 1986 et la résolution 86/C 160/01 du Conseil européen « relative à l'utilisation des techniques de visioconférence et de vidéophonie pour applications intergouvernementales ».  Celle-ci invitait en effet les pays membres de l’Union «  à mettre en œuvre un système initial opérationnel de vidéoconférence et visiophonie intergouvernementales », destiné à « améliorer et […] rendre plus efficace l'échange bilatéral et multilatéral d'informations entre les gouvernements des États membres et les institutions communautaires ».

Sans définition précise quant à la nature des informations échangées, plus rien ne s’opposait, dès lors, à retenir la visioconférence comme alternative à la tenue d’un conseil européen. Sachant que trois des neuf formations différentes du Conseil se réunissent une fois par mois (la liste est ici, les autres n'ont pas de périodicité définie), les bénéfices en terme de dépenses d'énergie peuvent vite se montrer assez conséquents.

D’ailleurs des signes existent : ces dernières semaines, les seize ministres des finances de l’Eurogroupe ont ainsi largement eu recourt à la visioconférence pour traiter du cas grec. Dimanche 12 avril, c’est ainsi par visioconférence qu’ils ont arrêté un dispositif prévoyant d’accorder à Athènes des prêts bilatéraux. 

« Si les ministres des finances sont parvenus à se mettre d’accord pour prêter 30 milliards d’euros à la Grèce par visioconférence, cela devrait également pouvoir fonctionner pour [une réunion] des ministres des Télécoms ! », a même ironisé Jonathan Todd, le porte-parole de la commissaire européenne chargée du numérique, Neelie Kroes, interrogé sur les doutes exprimées publiquement sur Twitter par Nathalie Kosciusko-Morizet, la secrétaire d’Etat française, devant le recours à ce dispositif, d’abord de manière un tantinet abrupte ici, puis, de manière plus nuancée ou .

(photo : Unité photographique du Service Audiovisuel de la Présidence de la République)

La volonté politique, de son côté, a souvent été répétée – et certaines réunions, au plus haut niveau, semblent d'ailleurs montrer l'exemple. Ainsi Barack Obama, Angela Merkel, Gordon Brown et Nicolas Sarkozy tiennent ainsi une vidéoconférence tous les mois, rappelait le président français, depuis Washington, le 30 mars.

En cherchant un peu sur le site de l’Elysée, on trouve même un long développement de Jacques Chirac sur la question, datant de juin 2002, à l’occasion d’un sommet du G8 au Canada :

Je suis persuadé que, dans les contacts entre responsables politiques, comme d'ailleurs responsables syndicaux, ou responsables de la société civile, dans les affaires ou dans les organisations non gouvernementales, les contacts via les technologies modernes de communication se développeront inévitablement. Cela coûte moins cher et c'est facile. Cela a néanmoins naturellement des limites. La principale limite, c'est que les hommes sont les hommes. Et qu'on ne parle pas à un écran comme on parle à un ami ou à quelqu'un en face de soi. Et, par conséquent, la vidéo-conférence qui, je le répète, se développera ne peut pas se substituer aux conférences, parce que le contact humain est essentiel. En revanche, on peut très bien l'utiliser en plus. Moi, il m'est arrivé d'avoir des vidéo-conférences avec tel ou tel chef d'État ou de gouvernement européen dans les années récentes. Cela marche très bien. Mais cela marche très bien à condition de faire cela une fois et que, par ailleurs, on se rencontre à dîner trois semaines après. Donc, voilà. Cela se développera mais cela ne se substituera pas.

Jusqu’au Premier ministre, François Fillon, qui regrettait, dans la désormais fameuse interview qu’il accordait, l’été dernier, au magazine SVM :

Ce n’est pas seulement la salle du Conseil des ministres qui ne se prête pas à l’usage des nouvelles technologies, c’est la majorité des palais nationaux qui n’ont pas vraiment été conçus pour cela. À Matignon, il existe une salle équipée qui m’a beaucoup servi pendant la présidence française de l’Union européenne pour des visioconférences avec nos représentants permanents à Bruxelles et à Strasbourg. La difficulté réside dans la sécurisation de ces communications. Nous y travaillons.

Une chose est sûre : des salariés, qui témoignent notamment sur les sites d'info en ligne, aux industriels, interrogés par l’AFP, en passant par certaines entreprises, tous relatent la même scène : depuis le début de la semaine, le nombre de réunions virtuelles tenues a sérieusement augmenté.

Antoine Bayet le 20/04/2010
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Antoine Bayet le 20/04/2010

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