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Santé

Trois questions à Jacques Lucas, de l'Ordre des médecins

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Jacques Lucas est Vice-président du Conseil national de l’Ordre des médecins, chargé des systèmes d’information en santé.

Quelles sont les conditions à remplir pour que le projet de Dossier médical personnel puisse reprendre et aboutir ?

L’une des principales raisons de son échec a été la sous-estimation de la place et du rôle du patient dans le dispositif envisagé et l’appropriation par les médecins de ce nouvel outil. Cela nous rappelle que l’informatisation ne peut être une fin en soi. Elle doit avant tout faciliter et améliorer la vie des gens. La recherche de la performance technique est vaine si l’on ne résout pas – et l’on sait que c’est un sujet complexe – la question de la confidentialité des données et de la traçabilité des accès. En d’autres termes, il est inenvisageable de mettre en place un DMP dans lequel chaque acteur sera peu ou prou libre de faire ce qu’il veut. De ce point de vue, tout n’est pas tranché. La possibilité pour le patient de masquer certaines données, s’il le souhaite, nous semble indispensable à l’établissement du cahier des charges. Mais certaines personnes, ultra-vigilantes sur cette question de la confidentialité, songent déjà à donner la possibilité aux patients de dissimuler le fait qu’ils ont masqué des données. Ce n’est pas simple… mais crucial pour la protection des libertés individuelles.

Quel rôle particulier peut jouer l’Ordre dans ce processus ?

Nous sommes convaincus que ce projet ne réussira que s’il est évolutif et décentralisé. Cela ne signifie pas que tout le monde puisse faire ce qu’il veut dans son coin, mais il faut laisser aux différents acteurs – qu’il s’agisse des praticiens, des industriels ou de l’administration – la latitude d’apporter leur contribution au système, tout en suivant un cahier des charges indicatif. C’est pourquoi nous plaidons, par exemple, pour la création d’un Conseil national stratégique de santé qui aurait un rôle consultatif dans les grandes orientations à définir. L’Ordre s’est déjà attelé à la mise en place d’une messagerie sécurisée entre médecins. J’ai bien conscience que cela ne sera pas facile, car toute la profession n’est pas encore familiarisée avec l’informatique. C’est pourquoi nous mènerons d’abord des expériences pilotes dans quelques bassins de vie.

Comment développer aujourd’hui les dispositifs de télémédecine ?

Il y a beaucoup de confusion sur ce terme qui recouvre des réalités différentes. La télésurveillance d’abord. Dans le cas des pathologies chroniques graves, comme la maladie d’Alzheimer, les dispositifs de veille à distance peuvent être tout à fait adaptés. La télésanté ensuite, qui correspond à la production et à la transmission de données médicales numérisées des patients, afin notamment d’améliorer la prévention. Il est indispensable, en l’espèce, que des règles très strictes de déontologie et de confidentialité soient respectées, et que le patient conserve le contrôle de ces données. La télémédecine enfin, c’est-à-dire l’exercice à distance d’actes médicaux. Le sujet est vaste et encore en chantier. Deux conditions sont d’ores et déjà indispensables pour qu’elle puisse se développer. D’une part, il faut valoriser les actes de télémédecine sur le plan économique. De l’autre, le cadre législatif dans lequel elle s’exercera devra être suffisamment large pour qu’il ne faille pas attendre la publication d’un décret d’autorisation pour chaque nouvel acte rendu possible par l’amélioration d’une technologie. Un exercice difficile mais nécessaire.

Jacques Lucas est Vice-président du Conseil national de l’Ordre des médecins, chargé des systèmes d’information en santé.

> Pour aller plus loin : tous les articles du dossier "La santé du futur" :

- La santé du futur

- Tour du monde des innovations santé

- Claude Évin : « Nous sommes encore dans une phase de créativité »

RSLN le 08/01/2009
rsln
RSLN le 08/01/2009

2 Comments


ergothérapie main

Un rapport très intéressant !J'aimerai bien qu'on aura des réponses pour l'année 2011 !

le 24 June 2011
ACS WebSante

Sympa l'interview, un peu courte mais bien!
Merci à Jacques Lucas en tout cas, car il est très actif sur ces sujets d'e-santé et de télémédecine, et c'est tout à son honneur car il faut que ça évolue vite et dans les bonnes conditions. Alors, bravo, et continuez surtout!

Pour ceux que cela intéresse, On en parle ici : http://www.acs-websante.com/blog/
Alors à très bientôt.
Vincent Marco

le 29 April 2013

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