Le regard de Benoît Genuini

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Benoît Genuini est président de l’Agence nouvelle des solidarités actives et de l’association Passerelles numériques.

On parle beaucoup des nouvelles technologies de l’information et de la communication comme d’un puissant facteur de bouleversement de l’économie, d’évolution des rapports sociaux, de réduction des distances, d’accroissement de l’échange des idées et de la connaissance. Pourtant, il existe un aspect de l’économie numérique qui mériterait d’être évoqué plus souvent. C’est la capacité des TIC à réduire les inégalités dans nos sociétés modernes, la puissance et l’effet de levier énormes qu’elles constituent pour diminuer la pauvreté.

À l’échelle de la planète, le numérique est un extraordinaire facteur d’accélération du développement des pays les plus pauvres. Secteur en plein essor, dont les barrières à l’entrée sont relativement faibles, les nouvelles technologies offrent de très nombreuses opportunités d’emploi. Des pays comme l’Inde ou la Chine, pour ne citer qu’eux, ont su saisir cette occasion, et investir, en un temps record, l’économie numérique pour en faire le tremplin d’un développement social sans égal. Sait-on, par exemple, que les grandes sociétés de services informatiques indiennes reçoivent chaque année des millions de candidatures ? Nous devons aider au développement de cette économie numérique mondialisée, source d’emplois dans nos pays occidentaux.

Une des premières conditions, c’est de former les jeunes à ces nouveaux métiers. C’est un champ d’action que quelques ONG ont investi, à l’image de Passerelles numériques, qui a fourni une formation et trouvé un emploi à près de 250 jeunes Cambodgiens ces quatre dernières années. Cet effort mériterait d’être renforcé.

Plus près de nous, en France, la pauvreté est un phénomène moins visible. Elle touche pourtant plus de 7 millions de Français, qui vivent avec moins de 880 euros par mois. 66 % d’entre eux n’ont pas accès à Internet alors même que les technologies de l’information contribuent à combattre leur isolement et leur solitude, à les ré-inclure dans la société pour qu’ils retrouvent une place digne et reconnue. Ne nous trompons pas pour autant sur les enjeux véritables. Vis-à-vis de ces populations, réduire la fracture numérique ne signifie pas seulement développer des infrastructures et augmenter le taux d’équipement. Il faut avant tout comprendre le sentiment de honte et d’exclusion qu’elles éprouvent par rapport au reste de la société. En oeuvrant à l’égalité d’accès et en convainquant les fournisseurs d’accès d’offrir des tarifs sociaux bien plus agressifs. En accompagnant les plus démunis par des formations adaptées, pour lever leurs peurs, leurs blocages et leur redonner confiance.

Au sein de l’Agence nouvelle des solidarités actives, nous avons fait le choix du pragmatisme. En développant des programmes sur mesure qui tiennent compte des besoins des plus défavorisés. En nouant des partenariats avec des acteurs de l’économie numérique, comme Microsoft, pour bénéficier de leurs compétences. Ou encore, en expérimentant localement des initiatives dont nous pensons que le succès et l’impact feront tache d’huile. Pour aller à la rencontre des personnes exclues, nous installons, au sein même des lieux d’accueil publics ou sociaux – mairies, caisses d’assurance maladie –, des ateliers informatiques animés par un accompagnateur. Nous créons aussi, à leur intention, des portails d’information pour les guider dans l’univers administratif. Nous encourageons enfin la création d’entreprises sociales, comme les Ateliers du bocage, société de réinsertion de la communauté Emmaüs qui récupère et reconditionne le matériel informatique pour le proposer, à coût très réduit, à des personnes qui, sinon, ne pourraient se le payer.

Toutes ces initiatives doivent être connues et encouragées. Pour ne pas rester au stade expérimental, elles attendent une mobilisation générale et l’investissement massif de volontaires. De nombreux salariés du secteur des TIC sont prêts à s’engager, à donner un peu de leur temps et de leurs compétences. Il ne tient qu’aux entreprises de leur offrir cette possibilité. Pour qu’un grand projet d’e-inclusion puisse voir le jour. 

RSLN le 06/01/2009
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RSLN le 06/01/2009

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